Le mot des commissaires

Les vies minuscules*
Des mondes, des histoires, des vies

Cette exposition du festival des résidences artistiques, ¡ Viva Villa !, se situe à hauteur d’homme, sous l’égide de l’humain et de l’animal, de l’individu et des foules anonymes, de l’espèce et du biographique, des flux migratoires et de l’intime…

Conçue comme un déplacement selon plusieurs focales, depuis l’amplitude de visions cosmogoniques ou fantasmagoriques à l’observation du très proche. L’image de vies minuscules, empruntée à Pierre Michon, semble bien pouvoir désigner les préoccupations actuelles des résidents autour de l’homme social, culturel et anthropologique, le monde qu’il s’est constitué, fait d’objets dérisoires, de paysages construits, de corps fabriqués, de mouvements auxquels il est soumis par l’histoire, sa fragilité voire son insignifiance face à la nature, aux forces géopolitiques, aux épidémies…

La représentation du réel est au cœur d’approches formelles spécifiques telles que le portrait et l’instantané photographique du smartphone, le travestissement ou le carnaval performés, l’enquête historique et la collecte ethnographique sous le mode de l’installation, du dessin, de la peinture figurative, du documentaire relayé par la fiction, de la polyphonie en musique ou du monologue en littérature… Toutes formes qui réinterrogent la catégorie du réalisme, des réalismes, face à un monde ébranlé, menacé par le chaos.

L’état du monde, comme durant toutes les grandes périodes de crise, bat en brèche nombre d’appréhensions construites et consensuelles, que ce soit dans le domaine des sciences humaines, de la science ou de l’esthétique. Face à cette situation mouvante et imprévisible, l’exercice simple de description, d’observation, d’enquête, de recension, d’énumération, apparaît comme le plus efficient – le plus modeste et pourtant le plus foisonnant, subtil et inventif.

Préparé en pleine pandémie, le festival adossé à cette thématique réaliste et humaniste a acquis une tonalité plus aigüe. Les artistes et résidents, au sein de leurs ateliers, confinés, ont parfois infléchi leurs travaux, réagi à la situation exceptionnelle, à l’inquiétante étrangeté de ce temps suspendu, par des œuvres, des journaux de confinement, des recherches historiques sur d’autres épisodes d’épidémie – la peste, le choléra en 1837 à Rome…

C’est un festival marqué par cette période particulière où le doute, la suspension, la réserve et la réflexion sont sous-jacents, souvent exprimés.

 

Cécile Debray
Assistée d’Assia Quesnel

Pierre Michon, Vies Minuscules © Éditions Gallimard

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