Le mot du commissaire

Edition 2020 – Les vies minuscules*

« L’édition 2020 du festival des résidences artistiques ¡•Viva Villa•! est placée cette année à hauteur d’homme, sous l’égide de l’humain et de l’animal, de l’individu et des foules anonymes, de l’espèce et du biographique, des flux migratoires et de l’intime…

Inspiré entre autres par le roman de Pierre Michon, huit biographies de ruraux sortis de l’anonymat, le festival aura pour titre •Les vies minuscules, autorisant plusieurs focales et différentes approches. L’image de vies minuscules semble bien pouvoir désigner les préoccupations actuelles autour de l’homme social, culturel et anthropologique, le monde qu’il s’est constitué, fait d’objets dérisoires, de paysages construits, modelés, de corps fabriqués, de mouvements auxquels il est soumis par l’histoire, sa fragilité voire son insignifiance face à la nature, aux forces géopolitiques, aux épidémies…

À travers les notions de figure, de personne, se posent les questions de représentation, du réel, des réalismes, du politique à travers les formes du portrait, du travestissement ou du carnaval, du documentaire ou de la fiction, de la polyphonie ou du monologue. Autour de l’idée de vies minuscules, s’agrègent une série de thèmes•: le quotidien, l’anthropologie, figures, destins, multitudes, foules, anonymat, microcosmes, recréation, réseaux, cartographie, animaux, unicité, individus, document, archives, ville, objets, solitude, le corps, anatomie, artifice, prothèse, androïde, couture, collage, montage, fragments, migrations, nomadisme, histoires, TV réalité, affects, ami imaginaire, filiation…

Le genre littéraire de «•Vie•» –•depuis Suétone ou Vasari•– est hagiographique. Pierre Michon, à l’instar de Pierre Sansot dans Les Gens de peu, de Michel Foucault dans L’histoire de la folie à l’âge classique ou de Beckett, choisit un rapport horizontal, frontal. Nous nous déplacerons autour de cet horizon, depuis un surplomb du regard qui introduit la profondeur historique, la cartographie analytique de flux migratoires, la multitude grouillante de personnages comme sortis d’un tableau de Jérôme Bosch, ou une position frontale, celle d’un réalisme franc comme l’écriture documentaire d’un Jonas Mekas, la stylisation formelle d’un Michael Snow ou le mouvement des objets par Fischli•&•Weiss ou leur présence dans le roman Mr Palomar d’Italo Calvino –• ou encore une vision rapprochée, intime et subjective, comme les travestissements de Cindy Sherman ou Les Espèces d’espace de Pérec. Toutes ces références sont celles des artistes en résidence.

Préparé en pleine pandémie, le festival adossé à cette thématique réaliste et humaniste a pris une tonalité plus aigüe, plus sensible. Les artistes et résidents, au sein de leurs ateliers, confinés, ont parfois infléchi leurs travaux, réagi à la situation exceptionnelle, à l’inquiétante étrangeté de ce temps suspendu par des oeuvres, des journaux de confinement, des recherches historiques sur d’autres épisodes d’épidémie – la peste, le choléra…

C’est un festival marqué, modelé par cette période éprouvante, où le doute, la suspension, la réserve et la réflexion sont sous-jacents, souvent exprimés. »

Cécile Debray
Assistée d’Assia Quesnel

* Pierre Michon, Vies Minuscules © Editions Gallimard