Présentation de l’exposition

DES MONDES

Le jardin, c’est la plus petite parcelle du monde et puis c’est la totalité du monde. Le jardin c’est depuis le fond de l’antiquité, une sorte d’hétérotopie heureuse et universalisante (de là nos jardins zoologiques).
Michel Foucault, « Des espaces autres » (1967)

À la différence des animaux, l’être humain convertit son milieu en un monde qu’il façonne et refaçonne au fil du temps et des cultures, modèle à son image et selon ses besoins. Ces mondes peuvent être le reflet de visons fantasmagoriques, cosmogoniques ou encore géopolitiques telles qu’esquissées par nombre d’artistes.En s’appuyant aussi bien sur des éléments saisis dans le réel qu’imaginés, ils posent ainsi la question du rapport de l’homme à ces mondes – de ses accents les plus poétiques au plus dystopiques – et de sa place en imaginant, par exemple, des mises en situation de figures.

Qu’ils s’inspirent de l’Histoire, des animaux, du végétal ou du minéral, de la science-fiction, qu’ils soient influencés par les théories queer ou par des réflexions socio-culturelles autour de l’acte d’habiter, qu’ils jouent avec les concepts de la vision ou du langage, tous cherchent à restituer la complexité des mondes qui composent le réel et à porter un regard à distance, à s’interroger sur l’hypothétique frontière entre intérieur et extérieur.

Nuageux qu’est-ce qu’être nuageux, est-ce une doublure,
est-ce que ça fond.

Gertrude Stein, Tender Buttons (1914)

 

DES HISTOIRES

Comme il y a des hommes-hyènes et des hommes-
panthères, je serai un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas
l’homme-famine, l’homme-insulte, l’homme-torture.
Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal (1956)

Occupant faussement la posture de l’archéologue, du journaliste d’investigation, de l’historien, l’artiste mène l’enquête à la manière de W. G. Sebald dans ses récits, à partir de quelques vestiges, photographies, documents ou objets.

Si les formes associées à une approche réaliste telles que le documentaire filmé, la photographie, la collection d’objets, le formulaire administratif sont largement exploitées par plusieurs artistes qui entendent révéler un état du monde en un geste politique et artistique, elles sont bien souvent détournées et infléchies par la fiction, par l’installation immersive afin de créer une forme d’empathie entre le regardeur et ce qui est montré. Passer du constat à l’incarnation, à la réparation. Ce sont ainsi, bien souvent des histoires individuelles, des vies minuscules qui sont prélevées de l’anonymat, de l’oubli, de l’anéantissement.

 

DES VIES

Des têtes bouffies, au menton lourd, aux yeux inexpressifs, des têtes osseuses, crispées par l’angoisse, des têtes souriantes de bons vivants et de farceurs circulent en liberté ajustées directement aux pattes. Leur naturel est plus déconcertant encore que si c’étaient des faces monstrueuses.
Jurgis Baltrušaitis, Le Moyen Âge fantastique. Antiquités et exotisme dans l’art gothique (1955)

Le corps, celui du sujet, est la mesure du monde selon l’humanisme, l’ancrage nécessaire de la perception selon la phénoménologie. Le corps réifié, transformé, écorché, habillé exprime également la condition humaine, aux prises avec les questions de genre, de vie sociale et politique, de survie biologique ou mécanique.

Être au plus près de l’appréhension du monde, au plus intime, c’est aussi explorer l’intériorité humaine, l’amplitude de sa subjectivité entre rêves éveillés et souvenirs oubliés, entre imagination et mémoire. La figure, la figuration portée par le dessin, la peinture, la photographie mais aussi par la performance ou la vidéo, est prégnante, souvent associée à des formes de narration, à des « vies ». La focale se resserre sur l’individu comme narrateur ou personnage.

L’épreuve du confinement a rétréci le champ visuel de chacun et des artistes. Le très près du quotidien, les objets quotidiens ont formé les motifs des œuvres. Compulsion plutôt qu’épanchement dans ces sortes de journaux de confinement, ces descriptions intimes embellissent le quotidien, le travestissent parfois, comme pour le rendre plus supportable ; ou bien questionnent sa banalité, quand elles ne le représentent pas tout simplement.

Les étudiants, les ongles, les sirops pour la toux, les machines à écrire, les engrais, les tracteurs, les loisirs, les cadeaux, la papeterie, le blanc, la politique, les autoroutes, les boissons alcoolisées, les eaux minérales, les fromages et les conserves,
les lampes et les rideaux, les assurances, le jardinage.
Georges Pérec, Les choses (1965)

Avec
Nathalie Azoulai (VK), Sammy Baloji (VM), Thomas Andrea Barbey (CV), Frédérique Barchelard & Flavien Menu (VM), Jonathan Bell (CV), Pierre Bellot (CV), Benjamin Karim Bertrand (VK), Hugo Capron (VK), Marine de Contes (CV), Benjamin Crotty (VM), Pauline Curnier Jardin (VM), Bastien David (VM), Hugo Deverchère (CV), Mimosa Echard (VK), Flore Falcinelli (VK), Clément Fourment (CV), Samuel Gratacap (VM), Étienne Haan (CV), Valentina Hristova (VM), Sara Kamalvand (CV), Mathieu Larnaudie (VM), Isabelle Le Minh (VK), Anne Le Troter (VK), Native Maqari & Simon Rouby (VK), Leticia Martínez Pérez (CV, artiste boursière de la Diputación Provincial de Zaragoza), Luz Moreno & Anaïs Silvestro (VK), Benjamin Mouly (CV), François Olislaeger (VM), Laurel Parker & Paul Chamard (VK), Blaise Perrin (VK), Daniel Pescio (VK), Pétrel | Roumagnac (duo) (VK), Émilie Rigaud (VK), Francisco Rodríguez Teare (CV), Baptiste Rossi (Lauréat 2017 Fondation Jean-Luc Lagardère), Louise Sartor (VM), Fanny Taillandier (VM), Sébastien Thiéry (VM), Mikel Urquiza (VM), Guillaume Valenti (CV), Jeanne Vicerial (VM), Keke Vilabelda (CV, artiste boursier de l’Ayuntamiento de Valencia), Sara Vitacca (VM), Justin Weiler (CV), Alexandre Westphal (Lauréat 2012 Fondation Jean-Luc Lagardère), Katarzyna Wiesiolek (CV).

 

Le mot du commissaire
Plan de l’exposition
Cycle de films
Spectacles vivants
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