Ana Maria Gomes

Vidéo  Casa de Velázquez  2017

Ana Maria Gomes, artiste franco-portugaise, est diplômée du Fresnoy (2007), après avoir étudié à l’ENSAD de Paris et aux Beaux-Arts de Lyon. Son travail questionne le rôle de la fiction et de l’imaginaire dans la construction des identités personnelles. Ses réalisations vidéos convoquent régulièrement son entourage proche : son frère dans Simomen (2004), une amie d’enfance dans Teresa (2007), ou encore son oncle – absent, exilé au Brésil – dans Antonio, Lindo Antonio (2015). Elle y propose une approche spécifique du portrait via un dispositif filmique qui révèle des identités complexes. Ses films, récompensés à plusieurs reprises, sont présents dans des collections publiques et sont diffusés lors d’expositions et de festivals internationaux (Hors-Pistes, Locarno, Jeu de Paume, FID, Vila do Conde, Entrevues Belfort, Musée de la Chasse et de la Nature, etc.). Ana Maria Gomes a reçu le soutien d’institutions artistiques, tel que la Fondation Gulbenkian, le G.R.E.C, la SCAM, la Casa de Velazquez, ou le Centre National des Arts Plastiques.

 

Antichambre, installation vidéo

Antichambre est une installation vidéo qui présente deux écrans en vis-à-vis. L’intention est de faire glisser des adolescents dans les failles de leur propre jeu de représentation, de trouver une brèche entre ce qu’ils sont, l’imaginaire qu’ils se font d’eux-mêmes et l’image qu’ils aimeraient donner.
Piégée dans la maison parentale, la chambre est un sanctuaire et un laboratoire d’expérimentations où se construit l’adulte à venir. Elle est aussi le reflet narcissique de celui qui l’habite. Dans une économie de gestes, répétés et lancinants, les quatorze adolescents forcent le trait, se cherchent, se perfectionnent. Seuls, ils s’entraînent ainsi à des postures travaillées : un sourire insolent, un regard de dédain, une façon de danser lascive ou une violence latente dans la façon de dégainer son briquet. Ils perfectionnent la justesse de leurs poses tout en fixant l’œil de la caméra. « Je, est un autre » écrivait Rimbaud, et cela est renforcé ici par le dispositif choisi par Ana Maria Gomes. En effet, l’installation produit cette séduction duelle : faire face à ce moi-même que je deviens, que j’aimerai être et faire face à l’autre, celui du champs-social, qui me regarde et qui fatalement va me juger. La beauté de ces échanges tient au va-et-vient entre intimité et extériorisation exacerbée, force du sur-jeu et vestiges de l’enfance qui se heurtent maladroitement à l’image qu’ils cherchent à renvoyer…
L’enjeu de cette expérience est de dépasser l’imitation d’un rôle, mais aussi de laisser surgir quelque chose qui leur échapperait par inadvertance, qui les livrerait dans toute leur complexité.

Émilie Flory

 

 

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